Profitant d’un peu de temps libre dans le train, j’ai relu les derniers posts, et ils sont clairement à la mode « locale » : tout il est beau, tout il est joli, tout il est « great and fantastic ». Bref pas très français : pas assez râleur. Si nous n’avions pas à nous plaindre de notre vie avant, et pas beaucoup plus maintenant, je suis d’humeur à regarder tout ca avec un œil franchouillard, du genre la douche froide de Guy Carlier chaque matin (merci les balado-diffusions d’Europe 1 !).
Aliénor (je parle là de notre princesse magnifique, adorable et sans défaut) nous a fait passer ces dernières semaines, des nuits… comment dire, légères (en temps de sommeil), médicales (température, aspirations de nez et Doliprane en veux-tu-en-voila) et partagées (roulement obligatoire entre Aurelie et moi pour cause de survie). Je n’évoquerai pas les péripéties scolaires (non madame, nous n’avons pas de plan d’urgence qui peut venir chercher Aliénor en 10 minutes quand 1) sa température dépasse 103 degrés Fahrenheit, 2) son nez coule vert 3) des plaques de boutons apparaissent sur ses jambes à 15h et ont disparu à 17h30. Nous adorons donc positivement l’infirmière de l’école qui nous considère comme des Afghans sans papiers débarqués d’Haïti et pratiquant une médecine rituelle de grand-mère.
Juste après ses rhumes à répétition et son envie permanente de se glisser dans le lit de papa et maman (note de l’auteur : si il y a un numéro 2, il ne sera pas autorisé à pénétrer dans le lit des parents entre 20h et 8h de toute sa vie), le premier élément mis en cause dans les réveils d’Aliénor est son radiateur. Pas n’importe lequel. Dans le pays des navettes spatiales, d’Edison et de la Silicona Valley, une bonne partie des habitations (dont la notre) est équipée d’un chauffage vapeur. Sans vouloir dispenser à quiconque un cours de chauffage et de thermodynamique, je vous ferai seulement part de mon évaluation technique du produit : c’est un système pourri digne des années 30 !
Pour ceux que la technique ne rebute pas, chapitre d’explication (pour les autres passez au suivant): la chaudière est comme une cocotte minute, on allume le gaz dessous (genre brûleur de gaz pour couscous géant ou pour ébouillanter les poules à plumer), et au bout d’un moment, la vapeur sort de la cocotte. C’est là que ca devient sioux : la vapeur se répand dans le circuit de chauffage, et chasse l’air qui est présent dans le circuit, via des purgeurs installés sur chaque radiateur. Chasse bruyante (ca siffle), et surtout effrayante pour notre princesse (je cite : « ca fait peur maman le radiateur »). Une fois l’air chassé, la vapeur arrive dans le radiateur, condense au contact des parois plus froides du radiateur en transmettant ses petites calories à l’air de la pièce (but de l’opération), et redescend vers la cave dans le même tuyau et à contre flux de la vapeur qui monte de la cocotte minute (entre temps le purgeur s’est fermé avec l’arrivée de la vapeur chaude). Pour les fanas de rendement énergétique, c’est évidemment beaucoup moins bon qu’une chaudière eau chaude de même génération). Et dés que la température dans la maison a atteint sa consigne, le gaz se coupe, la vapeur se condense et l’air refait son apparition dans le circuit.
Dit plus clairement, le petit jeu de la chasse vapeur qui réveille Aliénor se répète plusieurs fois par nuit. INGERABLE pour de pauvres parents dont le réveil sonne a 6h10 (on a été mal habitué avec 07h30 pendant 3 ans) ! Autre inconvénient de cette idiotie, la température oscille toute la nuit entre l’étuve version sauna finlandais et une froidure sympathique. Aliénor ayant comme caractéristique de rejeter sa couette avec vigueur dés que nous avons le dos tourné, ce phénomène de marnage chaud / froid climatique n’est certainement pas étranger aux divers rhumes d’Aliénor (pour rappel rhume=nez bouché=je respire par la bouche=je m’étouffe avec ma totote=je me réveille=je pleure=je réveille les parents=papa pas content=papa va casser ce #$%@$#$%@ de système de chauffage). Note de l’auteur : si numéro 2 il y a, PAS DE TOTOTE (pas d’illusion quand même, je parie 100$ qu’il y en aura une (de totote))
Et donc hier soir, Aurelie et Ameline, arrivée depuis quelques jours (et déjà mise largement à contribution pour garder Aliénor débarquée de l’école et pour l’emmener chez le médecin), ont investi dans un superbe chauffage électrique à bain d’huile, me permettant de couper les coups de sifflets nocturnes version SNCF dans la chambre d’Aliénor. Nous avons pu noter une nette amélioration cette nuit (enfin surtout Aurelie qui a passé la moitié de la nuit à dormir dans le lit d’Aliénor (notre nouvelle technique pour qu’elle oublie le notre !)). Pas encore le paradis donc, mais chauffage adopté!
Voila je me sens beaucoup mieux. J’ai enfin pu râler, chose pas évidente dans ce pays (oui très important il faut épargner son conjoint, qui est le seul dans l’aventure à partager votre souci, sous peine de voir le foyer parfait se transformer en guerre des Rose).
Tant qu’on est dans le chapitre «le français est râleur», autre exemple qui me vient a l’esprit : dur à imaginer pour un français, mais répondre ici à la traditionnelle question du matin « comment ca va ? » par les versions traduites des non moins traditionnels franchouillards « ca va » ou « on fait aller » fera passer immédiatement votre interlocuteur en mode « mais qu’est-ce qui se passe ? » ou « il y a un problème ? ». Ici, la réponse bateau se doit d’être en-thou-siaste !! Aurelie aime à me répéter le top 4 qu’elle récolte chaque matin:
- I am great !
- I am marvelous !
- I am fantastic !
- I could not be better ! Je voudrais m’arrêter sur celle la : qui en France répondrait tous les matins que Dieu fait «je ne pourrais pas aller mieux» ?
Mais le plus dingue, c’est que la majorité d’entre eux le pense! Il faut donc être prêt quand vous téléphonez à un fournisseur pour lui passer une soufflante à lui faire le numéro de la bonne humeur en introduction. Pas étonnant que nos touristes américains à Paris trouvent le service hôtelier pourri et les garçons de café à peine corrects !
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